L’énigme du bonheur

L’argent y contribue, mais pas au-delà d’un certain point

Croyez-vous encore que l’argent fait le bonheur? Ou que toutes les prédictions de longévité, de loisirs accrus, de technologies facilitant la vie et d’autres petites choses qui rendent la vie confortable propulseront votre niveau de bonheur tout en haut de l’échelle?

Peu probable. Certes, si l’argent ne rend pas nécessairement heureux, son absence peut vous rendre la vie désagréable. Des études démontrent toutefois que, comme pour bien des choses, l’équation argent-bonheur est soumise à la loi des rendements décroissants, c’est-à-dire que passé un certain niveau, les efforts soutenus pour atteindre un objectif particulier perdent en efficacité.

Ainsi, Forbes signalait voilà quelques années que des psychologues et scientifiques ont découvert qu’un objet de 200 $ ne rend pas nécessairement plus heureux qu’un article de 20 $, pas plus qu’un salaire annuel de 80 000 $ par rapport à un salaire de 50 000 $.

En d’autres mots, au-delà d’un certain niveau, vos gains ou votre pouvoir d’achat ont une incidence limitée sur votre niveau de bonheur. De plus, d’après les études, les niveaux de bonheur n’ont pas changé beaucoup depuis 50 ans, malgré tous nos progrès.

L’étude du bonheur est quasiment devenue une industrie. Les livres et les articles sur le sujet abondent. La majorité arrive pourtant à la même conclusion.

Les économistes et les psychologues ont passé des décennies à étudier le lien entre la richesse et le bonheur, souligne le réputé psychologue de l’université Harvard, Daniel Gilbert, dans son livre Stumbling on Happiness « … et, en général, ils concluent que la richesse accroît le bonheur lorsqu’elle permet de sortir d’une pauvreté abjecte pour accéder à la classe moyenne, mais que son incidence est faible par la suite ».

Selon une étude publiée par un groupe d’universitaires en 2006, les gens ayant un revenu familial de 90 000 $ ou plus étaient à peine plus susceptibles de se dire globalement « très heureux » (42,9 %) que ceux dont le revenu familial était de 50 000 $ à 89 999 $ (41,9 %). Une proportion de 50,3 % des gens qui sont dans la tranche de revenu inférieur se sont dits « assez heureux » de même que 51,8 % de ceux qui sont dans la tranche supérieure. Les gens ayant un revenu supérieur étaient quasiment deux fois plus susceptibles de se dire « très heureux » comparativement à ceux dont le revenu familial était inférieur à 20 000 $ (seulement 22 % de ce groupe étaient « très heureux »). Cependant, 60,5 % des répondants de ce groupe se sont quand même dits « assez heureux ».

« Des sondages réalisés dans de nombreux pays […] indiquent qu’en moyenne les quantifications globales déclarées de la satisfaction de vivre ou du bonheur n’ont guère changé au cours des quatre dernières décennies, malgré les hausses marquées du revenu réel par habitant », affirment les auteurs, Daniel Kahneman et Alan B. Krueger de l’université Princeton; David Schkade de l’université de la Californie, San Diego; Norbert Schwarz, de l’université du Michigan et Arthur A. Stone, de l’université Stony Brook.

« Bien que la satisfaction de vivre et le revenu familial soient corrélés positivement dans un groupe représentatif à un moment donné, il semble que les hausses de revenus ont surtout un effet transitoire sur la satisfaction de vivre. »

Depuis de nombreuses années, les chercheurs arrivent à des conclusions semblables. Des sondages réalisés aussi loin qu’en 1972 (Economics of Happiness – NCPA Social Issues, David G. Blanchflower et Andrew J. Oswald) révèlent une stagnation du bonheur, malgré l’escalade des revenus et la croissance fulgurante du produit intérieur brut des pays étudiés.

D’autres résultats montrent que les femmes sont généralement plus heureuses que les hommes (même si l’écart s’amenuise); que le bonheur évolue en forme de fer à cheval (les gens sont les plus heureux très jeunes et très vieux, et les moins heureux vers l’âge de 40 ans); que le chômage et l’oisiveté font diminuer le bonheur, et pas seulement à cause de la baisse de revenu; et que le mariage et une sexualité épanouie contribuent au bonheur.

De plus, la joie de gagner de l’argent n’est pas aussi grande que la souffrance de le perdre. La perte et la peur s’enregistrent dans les centres de douleur du cerveau, parfois avec tant de force que nous développons des phobies relativement aux choses que nous craignons ou nous les généralisons de façon excessive, ce qui nous fait rater des occasions intéressantes. La reconnaissance de nos peurs et de l’influence réelle de l’argent sur notre bonheur peut libérer notre cerveau et lui permettre de se concentrer sur autre chose, comme le long terme.

Du coup, nous devenons peut-être mieux outillés pour faire face aux pertes possibles en planifiant et en répartissant mieux nos avoirs, au lieu d’être obsédés par l’idée de gravir la sempiternelle échelle salariale ou impatients de connaître le bonheur instantané qu’un revenu supplémentaire ne risque pourtant guère de nous procurer.

Enfin, et peut-être contre toute attente, il semble que donner de l’argent est mieux que d’en avoir, du moins quand on parle de bonheur. Dans son livre publié en 2008, Gross National Happiness: Why Happiness Matters for America—And How We Can Get More of It, l’auteur Arthur Brooks soutient qu’on en retire un plus grand sentiment de bien-être. Durant une récente entrevue au Globe and Mail, M. Brooks a affirmé que les gens qui donnent de l’argent sont les plus heureux de tous.

http://www.groupeinvestors.com/consult/denis.grenier/francais/

Commentaires (1)

frb1avril 15th, 2009 à 15:59

très très intéressant ce texte, qui nous laisse constater que l’argent ne fait pas le bonheur, mais que cela y contribue certainement, d’ailleurs n’est ce pas pour cela que nous sommes inscris sur VMS ?.

Laissez un commentaire

Votre commentaire